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Les Sévriens malades de la peste
D'après Jean de La Fontaine
Un mal qui répand la terreur
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les électeurs de Sèvres.
L’incurie, (puisqu’il faut l’appeler par son nom)
Capable de peupler en un jour les prisons
Faisait aux Sévriens la guerre.
Ils ne tombaient pas tous, mais tous étaient frappés.
On n’en voyait point d’occupés
A chercher à défendre leurs droits bafoués
Nulle fête ne les réjouissait plus
Les commerçants désabusés
Ne comptaient plus sur le chaland
De Sèvres on désertait le centre commerçant.
Plus d’amour, partant plus de joie.
On tint conseil et le Maire dit : Mes chers amis
Je crois que l’incivisme a fait pour Sèvres cette infortune
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie au républicain courroux.
Peut-être obtiendra-t-il la guérison commune.
L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents
On fait de pareils dévouements.
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L’état de notre conscience.
Pour moi satisfaisant mes appétits gloutons
J’ai gaspillé force millions
Quelle en était la raison ? Nulle cause louable
Même il m’est arrivé quelquefois de mentir
Et de diffamer par journal interposé
Je suis incompétent, je l'ai avoué au juge
Je reconnais ainsi que, tous, je vous gruge
Je me dévouerai donc s’il le faut, mais je pense
Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
Sire, dit un adjoint, vous êtes trop bon maire
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Et gaspiller millions, diffamer contribuables,
Est-ce un péché ? non, non, vous leur faites, Seigneur,
En dépensant leur argent beaucoup d’honneur
Les contribuables sont dignes de vos tourments ,
Etant de ces gens-là qui sur vos fonctionnaires
Pensent qu’ils sont trop chers.
Ainsi dit l’Adjoint et flatteurs d’applaudir.
On n’osa trop approfondir
Du délégué au réseau câblé, ni de celui aux Monéos
Les moins pardonnables offenses.
Tous ces potentats, jusqu’au dernier des rédacteurs de mairie
Au dire de chacun étaient de petits saints ;
Un citoyen tout simple vint et dit à son tour :
Un jour en lisant le journal municipal
J’y étais diffamé, et c’était illégal
Etait-ce l’agacement, ou la déréliction ?
Pour ma réparation, un juge j’ai mandé
Je n’aurais pas dû, vu ma condition
Oser ester contre les rois de la cité
C’est assurément de la lèse-majesté
A ces mots on cria haro sur le benêt
Un contractuel prouva par son mensonge
Qu’il fallait honnir ce Sévrien
Ce pelé ce galeux source de tous leurs maux
Sa soif de justice fut jugée cas pendable.
Devant tout son Conseil, le maire l’accabla
Oser vouloir son dû ! quel crime abominable !
Aucune opprobre n’était capable
D’expier ce forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable
Les jugements de Sèvres vous feront blanc ou noir.
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Les animaux malades de la peste
de jean de La Fontaine
Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom)
Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n'en voyait point d'occupés
A chercher le soutien d'une mourante vie ;
Nul mets n'excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n'épiaient
La douce et l'innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d'amour, partant plus de joie.
Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune
L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L'état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J'ai dévoré force moutons.
Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m'est arrivé quelquefois de manger
Le Berger.
Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
- Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d'honneur.
Et quant au Berger l'on peut dire
Qu'il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d'applaudir.
On n'osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L'Ane vint à son tour et dit : J'ai souvenance
Qu'en un pré de Moines passant,
La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n'était capable
D'expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.