Le crépuscule de Sèvres
Amis Sévriens, avez-vous lu le petit opuscule qui accompagne le sondage de la Mairie auprès de la population ? (il était inséré dans le numéro 74 du Sévrien, notre très municipal et très estimé confrère de la presse papier sévrienne).
Une phrase m’a interpellé. Jugez vous-mêmes.
Page 5, sous la rubrique « une démarche saine et équilibrée », on lit « Focus : en 1984, le taux de la taxe d’habitation était de 12,67%, il est en 2004 de 11,55% ». Evidemment, vous qui n’êtes pas versés dans les affaires de chiffres, cela ne vous dit peut-être rien. Ce qu’oublie de dire le rédacteur, c’est que ce taux était fixe, à 10,44% de 1992 à 1995. C’était cela la vraie stabilité. Mais de 1995 à 2004, le taux a augmenté de 1,55 point, c’est à dire que la taxe d’habitation a augmenté de 15% hors l’inflation… Il est difficile d’appeler cela de la stabilité. Cette taxe avait diminué de 18% hors inflation entre 1984 et 1992. Ce n’était pas non plus de la stabilité, mais ça au moins c’était positif...
Que cherche donc la Mairie à tenter ainsi de minimiser la rupture qu’a connue Sèvres en 1995 ?
Regardez maintenant le texte du sondage. On nous dit tout. Nous ne pourrons pas dire que nous n'avons pas été prévenus ! Sur la question des impôts, ce texte nous propose trois sortes de réponses.
- D’abord augmenter les impôts (trois propositions sur six) : « augmenter légèrement », cela veut évidemment dire augmenter plus que maintenant, sinon on ne nous demanderait pas notre avis !
- En second lieu faire moins de choses (deux propositions sur six) ; moins de services à la population ou moins d’investissements. Le rédacteur s’est bien gardé d’annoncer que cela enrayerait la hausse des impôts et encore moins que cela les ferait baisser (il dit « conserver la situation actuelle », c’est-à-dire, avons-nous vu, une hausse de 15% hors inflation)
- En troisième lieu renforcer l’intercommunalité pour participer au dynamisme économique de Boulogne. Là non plus, pas de précisions et pas d’engagements pour les impôts… Mais on sait qu’en règle générale le coût des structures intercommunales n’est jamais compensé par une baisse égale de celui des structures communales.
C’est un piège ! Pile je gagne et face tu perds… Ce sondage montre les limites de la démocratie directe qui permet un simulacre de consultation pour faire cautionner une politique arrêtée. Contribuables, je vais vous tondre. Dites-moi que vous êtes d’accord. D’ailleurs je ne vous permets pas de dire le contraire. Cornegidouille, aurait ajouté le père Ubu, on ne va pas les laisser enrayer la pompe à phynance !
Pourtant entre 1983 et 1995, c’était le dynamisme économique de Sèvres (qui a triplé ses bases de taxe professionnelle et ses emplois) qui rendait des points à celui de Boulogne. C’est cela le secret d’une bonne fiscalité : être attractif (et pour cela, une fiscalité à la baisse est un élément essentiel) pour faire venir plus d’emplois, donc des entreprises plus actives qui paieront plus de taxe professionnelle, ce qui permettra de prélever moins d’impôts sur les ménages en offrant plus de services et en créant plus d’équipements. C’est le cercle vertueux du dynamisme économique.
J’en parle en connaissance de cause, puisqu’à cette époque, j’étais le maire-adjoint chargé des finances par Jean Caillonneau. Sèvres a construit plus d’équipements publics au cours de ces douze années que pendant tout le reste de la seconde moitié du 20ème siècle… Et pourtant les impôts baissaient.
Nous découvrons à la lecture du document municipal que Sèvres s’enfonce maintenant dans le cercle vicieux du déclin tranquille. Des impôts plus chers, une ville moins attractive, des entreprises moins profitables, des recettes fiscales en baisse, des impôts plus chers pour compenser cette baisse etc. etc.. etc...
Mais le plus choquant restera pour moi cette présentation digne de l’Agit-Prop selon laquelle le déclin actuel serait vertueux parce qu’il a mis fin à une phase de dynamisme : l’un compensant l’autre, on appelle cela « une remarquable stabilité fiscale depuis une vingtaine d’années » (sic) . Remarquable fleur de rhétorique de la langue de bois, oui !
Pauvres amis contribuables, tout cela ne présage rien de bon !
[le questionnaire]
Bernard DENIS-LAROQUE
septembre 2004